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01

déc. 2021

L’AS Tolosa cultive sa singularité

Publié il y a 9 mois par Yves Michel

Dans l’ombre du Fénix et de toutes les équipes de Haute-Garonne qui participent à toutes les compétitions nationales, régionales et départementales, l’AS Tolosa tente d’exister. Le club manque de moyens d’autant qu’il n’est pas sous la tutelle de la Fédération Française de Handball. Ses membres sont des joueurs sourds ou malentendants et la chape de plomb pour se faire accepter est dure à percer.

A l’AS Tolosa, Thomas Gleizes (photo ci-dessous) se démultiplie. Aidé par un staff des plus restreints, il doit tout gérer. Surtout lorsque au quotidien, le combat pour que son équipe puisse exister, est permanent. Déjà en général, le sport pratiqué par les sourds n’est pas reconnu par le ministère. Il est pour ainsi dire, toléré. Les arbitres issus de la Ligue Occitanie ont du s'adapter (pour indiquer les fautes ou la reprise du jeu, pas de coup de sifflet mais un maillot à la main qui est levé pour l'occasion).



Pour l'unique entraînement de l’équipe qui évolue en championnat de France, c’est le TEC (Toulouse Electrogaz Club) qui a accepté de libérer une salle couverte. Et encore, il a fallu accepter le créneau proposé: le dimanche en fin de journée. Pour autant, le coach n’a pas baissé les bras. Cette saison, il accepté de gérer le Tolosa tout en s’occupant des jeunes à Aucamville et en assurant la formation du corps arbitral. « C’est vrai que ce n’est pas évident mais ce que je vis est unique. C’est avant tout une passion et quand on est venu me chercher pour m’occuper de cette équipe de sourds, je me voyais mal refuser. Au quotidien, c’est un environnement que je maîtrise parfaitement puisque toute ma famille est sourde. Je pratique la langue des signes, j’aurais très bien pu être comme eux, donc je me dis que quelque part, c’est une chance de pouvoir parler et entendre. Donc, c’est tout à fait normal que je leur consacre un peu de mon temps. » En France, le handball sourds est avant tout, en quête de reconnaissance. Son handicap, ne pas être reconnu par la Fédération Française de Handball malgré d’incessants appels du pied. « J’aimerais montrer que chez les sourds, il y a des joueurs capables de posséder un bon niveau. Quand on regarde évoluer les meilleures équipes du championnat, comme Limoges par exemple, certains éléments pourraient aisément se glisser dans des formations de Nationale. D’ailleurs certains clubs ont des accords de partenariat avec des structures composées d’entendants. Il ne faut pas voir uniquement le mauvais côté des choses. Intégrer un sourd n’est pas une difficulté. » D’aucun rajoutera que c’est une richesse. Même si parfois, Thomas s’arrache les rares cheveux qui lui restent lorsque pendant les matches, ses joueurs n’appliquent pas à la lettre les consignes qu’il peut passer. «On travaille des combinaisons à l’entraînement, on regarde à la vidéo comment se comporte l’adversaire qu’on va rencontrer mais le jour J, certains font le contraire de ce que je leur demande ! On a une équipe qui progresse en fonction de ses moyens. Je ne peux pas leur en vouloir et surtout l’effectif n’est pas illimité. » C’est un autre aspect de la difficulté. Susciter des vocations handballistiques dans le monde des sourds*.  Qui plus est, la pandémie est passée par là et le groupe a du recruter, non sans mal. « Quand je suis arrivé, il a fallu faire appel à de nouveaux éléments. Tout était à refaire ou presque car certains n’avaient jamais fait de hand. Kévin, notre pivot qui vient de passer la barre des 30 ans, s’est découvert une passion. Jusque-là, il avait participé à des entraînements mais avec nous, c’est sa 1ère saison. Il met toute sa volonté pour aider et je suis vraiment très satisfait de son comportement. » L’équipe du Tolosa rassemble des joueurs de 16 à 52 ans dont trois appartiennent à la même famille. Les Técher (le père et les deux fils) sont incontournables (voir plus bas). Pour autant, il y a urgence et un coup de pouce est attendu. Le handball sourds qui sur le territoire ne rassemble qu’une centaine de licenciés a un besoin de reconnaissance et de visibilité. « On dépend de la Fédération Handisports mais comme le Handfauteuil, ce serait vraiment génial si la FFHB nous intégrait à sa structure. » Le bénéfice serait immédiat avec l’apport de cadres mais aussi la formation des plus jeunes à la pratique du handball. En attendant, le Tolosa existe et veut avancer dans un championnat où l’apprentissage est douloureux. Quatre revers en autant de sorties, la dernière face à Limoges, champion de France en titre et véritable concasseur. Le score a été sans appel (10-40). « C’est sûr, reconnait Thomas Gleizes, le bilan n’est pas fameux. Il nous reste un match sur la phase aller. Je leur ai demandé de considérer que la suite (la phase retour) était un autre championnat. Il y a dans ce groupe un vrai potentiel, à moi de bien l’utiliser. » Le discours est séduisant et sincère. Le Tolosa ne demande qu’à être soutenu.

* pour le joueur, le port d’appareils auditifs est bien entendu proscrit et il ne peut être intégré à une équipe de sourds que si la perte auditive sur sa meilleure oreille est supérieure à 55 décibels.


Les Técher... le hand chevillé au corps 


Que serait le Tolosa sans la famille Técher ? C’est simple. Sur les neuf joueurs à la disposition de Thomas Gleizes, les Réunionnais composent un tiers de l’équipe. Il y a Prosper, le chef de la tribu, 44 ans et ses deux fils, Raphaël, 20 ans et Lucas, 15 ans (au milieu sur la photo ci-dessus). Et la relève est même assurée puisque Louis, le plus jeune (13 ans) participe déjà à des stages de détection sous la direction de Christel Ravassaud, la conseillère technique départementale. Le handball est dans toutes les conversations et à la maison, sous peine de se retrouver isolée, la maman qui a donc élevé les trois enfants animés par la même passion, doit s’y intéresser. « C’est une obligation pour elle, en rigole Raphaël (photo ci-dessous), l’aîné. A titre personnel, j’ai commencé par le judo, mon père traçait sa route dans le hand depuis ses 17 ans. Je l’ai rejoint et mes frères ont suivi. Le plus jeune évolue au sein du CRAHB (Castanet Ramonville Auzeville HB) parmi les entendants. C’est aussi mon cas. J’ai fréquenté le même club et maintenant je suis à Rieux-Volvestre. Le hand fait vraiment partie de mon quotidien. Comme beaucoup de mes amis, j’aurais pu être attiré par le foot mais je n’aime pas jouer avec les pieds. Toucher le ballon des mains est bien plus intéressant. » Si le jeune homme est une véritable éponge, toujours à l’affût du moindre conseil pour progresser et en quelque sorte, faire oublier son handicap, le contact avec les entendants est primordial. « La différence est criante lorsque tu peux jouer dans un club affilié à la Fédération. Au niveau de la formation, la tactique, la diversité des personnes qui encadrent, c’est un gros plus. Au début, comme tu es isolé, tu communiques par écrit et puis petit à petit, j’ai initié mes potes de Rieux à quelques bases de la langue des signes. Ils ont fait l’effort de s’adapter. Ils font preuve de beaucoup de patience à mon égard et nous vivons en parfaite harmonie. » L’effort, d’un côté comme de l’autre se fait au quotidien. « Ce qui me ferait plaisir, ça serait que mes amis entendants viennent assister aux matches du Tolosa. C’est difficile à organiser car souvent ils jouent en même temps. Je vais souvent au Palais des Sports voir les matches du Fenix et bien-sûr, dès que je le peux, je regarde les matches de l’équipe de France à la télévision. » Et quand on demande à Raphaël quel est son joueur préféré, il répond sans hésitation, Ferran Solé Sala. L’ailier droit du PSG passé par le Fénix.


L’équipe de l’AS Tolosa
Gardien : Denis Vilsans
Joueurs de champ : Raphaël Techer, Lucas Techer, Prosper Techer, Claude Fibleuil, Maxime Plichon, Mikko Santoro, Rodolphe Rivalin, Kevin Guettard
Entraîneur : Thomas Gleizes

Photos associées : Le Tolosa, du handball qui veut se faire entendre

L'AS Tolosa compte parmi les six équipes qui animent le championnat de France sourds.

Reportage photos     © Yves Michel - CD31

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